Jeudi, 18h30, l’heure de la délivrance, tout est plié, tout est bouclé, je peux m’échapper du studio, le taf est fini ! Je sors enfin, direction, le métro gare de l’Est, il fait lourd, très lourd, je suis lessivée, j’ai hâte de rentrer… « sweet home » tout ventilé m’attend et surtout… MyGirl !Deux minutes d’attente, le métro est là, je m’engouffre, je m’installe, je sors mon bouquin (Los Angeles river, Michael Connelly). Stations après stations, la même ritournelle, les portes s’ouvrent dans un claquement, les gens entrent, sortent, se bousculent, se sourient poliment aussi, l’alarme de départ retentit et c’est reparti. Et moi, sous les coups de boutoir de la chaleur et du bruit, je m’enfonce petit à petit dans l’histoire de Michael Connelly, FBI et tueur en série un poil glaçant dans le désert du Nevada. J’y suis, 6 corps ont déjà été exhumés, Harry Bosch et Rachel Walling sont sur les nerfs, « Il » est de retour, c’est lui c’est sûr, l’abominable Poète… Puis, je ne sais pas pourquoi, une drôle de sensation m’envahit… Je lève le nez, le métro ralentit anormalement dans le tunnel… Le tunnel… C’est bizarre, il est bizarre ce tunnel… Pas comme d’habitude… Plus étroit… Et tout à coup, je me rends compte que je ne suis pas sur le chemin habituel du métro. Je ne le connais pas ce tunnel-là ! J’ai l’impression d’être dans le « petit train » qui te mène au fond de la mine ! Merde, c’est quoi ça ! Il va ou là, le conducteur ? Où il m’emmène ? Ça y est, c’est le Poète qui conduit ! Il va me traîner jusqu’à un recoin sombre des bas-fonds de la RATP et me dépecer menu – menu !Adieu ma chérie, mon ange, moi qui t’ai tant aimée ! Et non, je me dis, pour me rassurer, le métro a eu deux pannes électriques sur le trajet, il fait simplement un détour pour ne pas bloquer toute la ligne… c’est logique… Tout à coup, il s’arrête, et… Plus rien ! Nous sommes garés à côté d’un métro toutes lumières éteintes. Plus un seul bruit… Je me lève, je me rends compte que je suis toute seule dans le wagon, personne non plus dans le wagon de devant ni celui de derrière, la rame est complètement vide ! Je suis toute seule avec le tueur en série !!! « Y a quelqu’un ? » je crie par les petites fenêtres. Je chope mon portable, « urgences seulement ». Je stresse de plus en plus. Que se passe-t’il ? Pourquoi ce métro est-il à l’arrêt sur une voie de garage et pourquoi je suis la seule coincée dans ce merdier ? « Héééééééé ! Y a quelqu’un ? » . Rien, pas âme qui bouge… Je fais quoi ? Je sonne l’alarme ? Je défonce une vitre à coup de pieds ? Et si je me retrouve sur la voie ? C’est pas dangereux ça ? Un métro arrive à toute blinde et me voilà en charpie ! Les pompiers ? je me vois déjà, en larmes dans les bras d’un vigoureux pompier de Paris ! « Heeeeeeeeelp !!!! ».. Et tout à coup, tout se rallume, le métro repart…Le nez collé à la vitre, j’essaye d’entrevoir une lueur d’espoir dans tout ce noir ! Et soudain, il est là ! je le vois ! Le quai ! Porte de Clignancourt ! Mon terminus ! Les portes s’ouvrent, des tas de gens entrent, je me précipite dehors, dans un grand éclat de rire très nerveux. Ça y est, j’ai compris ! Porte de Clignancourt est un terminus, j’ai oublié de sortir tout à l’heure ! Il y a une annonce d’habitude : « PORTEU DE GLIGNANNNCOURRRT, PORTEU DE GLIGNANNNCOURRRT, TOUS LES VOYAGEURS SONT INVITÉS A SORTIRRRRR » et ça, je ne l’avais pas entendu, toute pétrifiée que j’étais par l’impitoyable traque de « Poète ». Ça mérite une bonne bière toutes ces émotions.
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