Graphiste? Quel beau métier!
“Graphiste”, une sorte de mot magique qui parfois fait écarquiller d’admiration et d’envie les yeux de quelques personnes qui s’informent de ma situation professionnelle. Je comprends cette réaction, j’ai eu la même. À une certaine époque, cette activité m’apparaissait comme une sorte de Graal, passionnant! glamour! créatif! génial et j’en passe. À l’époque, je dessinais un peu, j’essayais! J’écrivais des trucs et autres choses. À l’époque surtout, je m’occupais parfois des affiches d’Act Up, force de frappe emblématique de la lutte contre le Sida et pas que ça. On avait un beau Mac tout neuf avec Photoshop dessus. Je ne connaissais rien aux Macs et encore moins à Photoshop. J’en ai passé des heures à sortir 4 lignes blanches sur fond noir avec une belle image bien cadrée, pas trop pourrie et tout! Toute une nuit parfois! À quoi pouvait bien servir cet outil qui faisait apparaître un rectangle de pointillées clignotants? Et pourquoi il y a une flèche noire et une autre blanche? Et bordel de merde pourquoi j’arrive pas à écrire avec cet outil en forme de plume? Une plume c’est pour écrire non?!!! Tant bien que mal, je réussis à pondre quelques supports actupiens bien rageurs! Ce fut une révélation! Voilà ce à quoi je devais consacrer ma vie, mes jours et mes nuits! Porter à travers le monde des messages de paix et d’amour via la création magique! Pardon, numérique! 15 ans plus tard (au moins!) me voilà graphiste ultra-confirmée, rompue à toutes les techniques (6 versions de photoshop depuis! au moins!). Et alors? Qu’en est-il du message? Noyé dans la masse de la production mercantile. Cloué au pilori de Saint Marketing! Oui, c’est vrai, il fallait bien se faire de l’expérience! Faisons donc le trottoir… du dieu capital! Histoire de se construire des ptites épaules toutes solides!
Il y a quelques jours, l’entreprise qui m’emploie à “rentré” un nouveau client avec comme bonus la réalisation d’un magalogue (magazine publicitaire) pour un colosse pétrolier que je ne citerai pas, mais à priori responsable de pas mal de catastrophes humaines et écologiques (combien de guerres au nom du pétrole? Combien de marées noires?) Travailler pour des clients sans aucune sensibilité sociale m’était déjà pénible mais alors là! Participer à l’élaboration d’une des pires mystifications planétaires (l’essence est écologique et participe au développement durable)! J’ai tiré ma sonnette d’alarme émotionnelle : “Ces gens heurtent mes convictions les plus profondes de plein fouet, je refuse de toucher ne serait-ce qu’à une virgule de leur torchon.” Heureusement, j’ai un chef intelligent (ou dommage, j’aurais pu négocier un licenciement!). Voilà où nous en sommes, le graphiste ne semble être devenu qu’un exécutant dépourvu de sensibilité pour ses congénères au service des puissances qui ne visent qu’à appauvrir l’humanité, financièrement mais surtout culturellement. Quoi de plus facile à soumettre qu’un être vidé de sa capacité à réfléchir? En ce qui me concerne, les limites sont atteintes, la schizophrénie doit prendre fin. Graphiste je suis et je dois avoir une vraie utilité sociale. Puisque je suis capable de faire passer pour indispensable un produit dont personne n’a fondamentalement besoin, alors je dois aussi pouvoir révéler et imprimer dans l’inconscient collectif des valeurs (des vraies) qui pourraient peut-être avec le temps faire exister un monde un peu meilleur.

be the change you want to see in the world. Gandhi
les fautes d’orthographe, je les corrige demain. Sorry.
Ah! parfait! je me sens moins seule à faire la révolution dans mon métier!! Go go go ON!
Mouais… pas si facile la vie de graphiste quand on y pense…
J’ai le même souci… ça coince avec mes idéaux !
On monte un collectif ?
Merci Anne pour ces quelques lignes que je lu avec plaisir ; ô combien je comprends et je ressens le paradoxe intérieur auquel nous sommes être confronté en travaillant dans le monde de la communication, mais graphiste tu es, graphiste tu resteras sans te renier sans te soumettre ; tu as de l’or dans les doigts et la créativité ne doit pas être associé à la productivité. Refuser de travailler pour un client qui ne mérité pas que l’artiste se salissent les doigts pour lui est déjà un acte de résistance en soi et suffit à contribuer à changer les comportements ; n’oublie pas que chaque geste compte… aussi symbolique qu’il soit
biz
J’y travaille figure toi! J’essaye pour l’instant de voir quel type de structure serait la plus viable et qui permette aussi aux gens qui y participent d’en vivre un peu tout de même (car tout travail mérite salaire). Je pense de plus en plus à créer, ou intégrer une coopérative style Coopaname. Et oui, j’amerais beaucoup travailler avec d’autres personnes qui partagent le même type d’engagement, je pense que plus on est nombreux, plus on est forts! Quand je vois les talents inutilisés qui m’entourent, je me dis à chaque fois que c’est bien dommage de ne pas permettre aux gens de travailler en accord avec eux-mêmes et au service de quelque chose qui leur tient à coeur!
Hello! Ca va mieux? j’ai cru comprendre qu’il y avait un méchant rhume du côté de Bordeaux! Je suis contente de voir à quel point beaucoup de personnes se sentent totalement en accord avec ces lignes! Ca fait du bien, on se sent moins seule! (c’est le but d’un blog non? Le partage!). Ca m’encourage à ne pas lâcher prise surtout! A ne pas céder à la pression, à ne pas avoir peur d’être moi-même. Merci!
Dans tous les taff il y a des gentils et des méchants, ce qui est bien dans les boulots non transversaux c’est que tu choisis à l’embauche, après tu n’a plus de surprise suivant les commandes. Bon courage!
ça fait du bien de voir que parfois on arrive a dire non, trop c’est trop !
bravo!
kissx
Emy
Ton post m’a touché et je veux juste te dire de rester la guerrière que j’ai connu il y a presque 6 ans maintenant. C’est comme ça que j’aime te voir ;o)
Arf, mon gros problème en ce moment. Pourquoi je fais ce foutu BTS Com Visu ? Tout en sachant très bien, grâce à mon BTS Com des Ent, qui c’est un milieu de rapia, nauséabond, ou le Dieu mercatique a ses serviles serviteurs…. Finalement, j’vais surement me barrer avant de l’avoir fini et donner des cours à des gosses en faisant des fly pour des assos. C’est ptet le seul moyen de faire du graphisme en pouvant se regarder dans la glace, en respectant sa propre éthique.
Au moins, tu me rassures, y’a pas que des pourris.